1ère CRITIQUE : J'ai besoin d'une douche froide, Stéphane Gauthier
Voici une des première critique de notre nouvel album. On voulait la partager avec vous.
J’ai besoin d’une douche froide
par Stéphane Gauthier, pour Le VoyageurJe suis sous le choc. Je l’ai pris en pleine tronche. J’ai l’hameçon accroché au palais. Ma plaie de mélomane pulse. Badoum Badoum Badoum. Je l’ai écouté 20 fois en voiture full blast. Le 4e album du groupe sudburois Konflit dramatiK, enregistré à Québec (avec Stef Rancourt), marche et j’en suis soulagé. J’avais peur de trouver certains tics qui m’agaçaient et donnaient un petit vernis pas fini à une belle aventure qui a commencé il y a 10 ans (déjà!)
Depuis samedi dernier, l’album rampe sous ma peau avec son imagerie de corps écorchés vulnérables.
«Je ne connais personne qui écoute Konflit dramatiK», me dit en fanfaronnade quelqu’un que je ne nommerai pas.
«Ah bon! C’est qui personne?», que je réponds. Les jeunes du secondaire?
Pure provocation pour que Gauthier morde. Mais drôle de coïncidence. La Slague vient de faire un sondage dans six écoles secondaires en posant UNE question : qui voudriez vous voir en spectacle? Eh bien, sur 600 répondants, Konflit dramatiK arrive bon troisième.
J’ignore avec quelle térébenthine le chanteur Christian Berthiaume s’est nettoyé le gosier, mais là c’est ouvert comme un trou noir orageux qui laisse passer une texture vocale juste assez craquante pour gratter ma fibre de révolté contenu. Alors imaginez quand la cage thoracique s’écarte en proie aux hurlements mélodiques : «une douche froide, j’ai besoin d’une douche froide pour me réveiller. Pince-moi. Chatouille mes artères». Puis, Berthiaume redescend la voix en génuflexion : «Someone will love you if you wake up, someone might kill you». J’en braille. Et parce que sa bouche est grande ouverte et articulée, l’accent franco s’écoute enfin sans cette peur de s’entendre. Ouïr «soleille» ou «chaaange» avec la confiance de celui qui terrasse le taureau de notre langue constipée par les cornes me fait «dzire» : enfin, un chanteur franco qui s’assume.
Ma préférée de l’heure : Cerveau volant. Quand je l’ai entendue live au lancement à la Townehouse, je me suis senti glacé et ivre de vent froid. Nostalgie des accents à la Tears for fears? Qui sait ce qui opère dans un moment musical. Je reconnais aussi Sigur Ròs (Uni-vers l’avenir), le côté rough des bands de garage (Frenchip Fries) et même le maniérisme de Bowie (Think Twice).
Il reste malgré tout des traces de texte à la revendication facile (Uni-vers l’avenir) en décalage avec les bijoux de Desbiens (Je t’aime Québec) et Dickson (La mère de toutes les dystopies), puis les mélodies et les arrangements recherchés.
Maintenant, la question qui tue. Si Christian Berthiaume, Josée Poulin (violon, mandoline et guitare), Shawn Arseneau (basse) et Cory Lalonde (batterie) n’étaient pas de la place, est-ce que j’aimerais ça pareil? Prendrais-je même le temps d’écouter l’album d’un bout à l’autre et de le remettre dans le lecteur?
Réponse : tsé la personne-que-je-ne-peux-pas-nommer-ici, je vais lui offrir le CD gratis en disant : «mon garçon n’a pas le droit de dire qu’un nouveau plat n’est pas bon tant qu’il n’a pas pris trois bouchées de son assiette. Écoute l’album trois fois et tu auras droit à ton opinion. Si ce n’est pas à ton goût, c’est vraiment pas grave, Konflit dramatiK est libéré». Konflit dramatiK n’a plus besoin d’être franco-ontarien. Sa plaie est ailleurs.
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